A la base censé être auto-contenu, l'event Dark Nights : Metal s'accompagne finalement d'une série de tie-ins, dont certains prennent la forme de one-shots consacrés aux Dark Knights, ces versions modifiées du Chevalier Noir qui viennent du Dark Multiverse. Le premier d'entre eux, Batman : the Red Death #1 s'offre à nous aujourd'hui, et vient clairement poser la question de l'intérêt et de la pertinence de ces numéros.
Passée une légère introduction à la "venez découvrir les Tales of the Dark Multiverse" on se retrouve dans une confrontation avec un Flash qui doit faire face à un Batman bien décidé à lui piquer sa speedforce. Pourquoi ? On ne le saura jamais vraiment. L'idée du Dark Multiverse est de se poser dans une réalité dans laquelle Batman va fauter et l'une de ses peurs va se matérialiser concrètement. Ici elle est liée à "la perte de sa famille". Mais comment, pourquoi,par qui ? L'auteur ne le dira jamais, et le lecteur doit juste accepter que ce Batman est désespéré, ce qui reste une grosse facilité de caractérisation. Des origines très floues qui n'en sont pas vraiment, et qui servent juste de prétexte à Joshua Williamson pour nous servir de la grosse scène d'action qui tâche, et qui à titre personnel m'aura fait éclater de rire à quelques reprises, tant on verse dans une forme de sensationnalisme qui vire au ridicule (regardez ce qu'il arrive à Flash).
Dans la seconde partie du numéro, Williamson revient sur les pouvoirs de ce Red Death qui là aussi versent dans une forme de démesure qu'on pourra apprécier si on veut à tout prix coller au style "ouaaaaais c'est un Batman encore plus dark et violent, et avec la speedforce t'as vu". Mais à se démener avec la finesse d'un phoque ivre, le récit perd un certain intérêt qu'il ne regagne qu'à peine en toute dernière partie, une fois qu'on se retrouve dans le Multiverse et qu'un léger lien se fait avec l'intrigue principale de Metal. Quelques ajouts sont en effet intéressants (un pouvoir en particulier), et c'est surtout pour le mini-caméo d'un certain personnage qu'on lève un sourcil curieux (alors qu'avant, il était constamment froncé de dépit). Cela ne suffira pas à relever assez le niveau par contre, d'autant plus qu'on peut présager d'une structure narrative qui va se reproduire ad nauseam dans les prochains one-shots.
Sans vouloir faire de procès d'intention, on peut en effet craindre que les numéros se découperont de cette même façon "origines-démonstration de force-lien avec le présent", ce qui ne sera pas sans rappeler les innommables mini-série en deux parties de Convergence qui suivaient toutes la même construction scénaristique. Et le fait de voir apparaître encore une fois le Batman Who Laughs - alors que, mince, ce n'est pas son one-shot - comme élément de liant ramène aussi cette dernière figure à un personnage qu'on met en avant de manière ultra lourde, et forcée, sous prétexte que son design est cool et qu'un mash-up Batman/Joker, c'est forcément stylé. Le problème premier au final de ce one-shot, c'est que la promesse de voir un Batman commettre une faute, et une faute qui fait intrinsèquement peur au Bruce Wayne "normal", n'est pas vraiment tenue, puisque l'auteur n'explique pas vraiment de quoi il en retourne. La seule chose intéressante sur ce Dark Multiverse, pour l'instant, c'est que l'ensemble des terres parallèles sont destinées à disparaître - ce qui sert réellement de leitmotiv pour les Dark Knights à venir envahir le Multiverse.
Reconnaissons malgré tout à ce one-shot une qualité que l'on avait déjà pu voir sur la série Flash Rebirth à ses débuts, à savoir : ses dessins. L'artiste Carmine Di Giandomenico a en effet un style qui correspond parfaitement à l'atmosphère de ce one-shot et à l'affrontement hyper dynamique qui s'y déroule. L'alliance de son dessin avec toute une palette d'effets numériques - qui pourra d'ailleurs rebuter certains, j'en conviens - ajoute une belle plus-value. Ca explose de couleurs, d'éclairs et d'effets dans tous les sens, avec quelques brillantes idées de découpage à certains endroits, et si on pourra donc soupirer de la futilité de l'histoire, heureusement, les yeux seront caressés dans le sens du poil (ce qui n'a aucun sens, j'en conviens) de ce côté là.
Il fallait s'en douter, balancer sept one-shots Batman-mashup-untel n'était pas forcément la plus brillante des idées pour remplir de tie-ins un event pourtant déjà assez dense. En résulte un premier essai franchement lourdingue, pas bien intéressant, qui vaudra juste pour le design du personnage principal et la multitude d'effets graphiques développés par l'artiste. Mais l'intérêt même du one-shot n'est pas exploité à son plein potentiel, donc s'il vous fallait juste une jolie image, la couverture de Jason Fabok suffira. Gardez donc vos 4$ pour un autre titre.