Parce que les aventures d'espionnage et de ninjas ne sont pas si communes dans les publications nord-américaines, on s'est toujours réjouis par ici des tribulations de Ninjak, le super-espion-ninja de l'univers Valiant, et de son univers foisonnant, bourré d'éléments cyber-technologiques et de mysticisme. Après le très bon run de Matt Kindt (et son à côté Rapture) ainsi que la reprise satisfaisante de Christos Gage sur Ninja-K, l'annonce d'une mini-série sur Roku, adversaire la plus redoutable de Colin King, était forcément enthousiasmante. D'autant plus que le précédent travail de Cullen Bunn (qui est capable de bien des croutonneries) avec Punk Mambo, s'est révélé très convaincant. Manque de bol, Roku échoue à passionner, et ce à tous les niveaux.
Le postulat est simple : consciente de l'existence d'un passé dont elle ne se souvient plus, Roku, autrefois appelée Angelina Alcott, est désormais une assassine redoutable, télépathe et dotée de cheveux aussi coupants que des lame de rasoirs, employée par tout un chacun pour exécuter des missions plus sanglantes les unes que les autres. Au scénario, Cullen Bunn envoie Roku à la recherche d'une arme supposément très puissante, convoitée par de nombreux partis en place. L'arme en question n'est autre qu'une petite fille qui, comme Roku, a été altérée pour disposer de compétences hors norme, alors que se dresse sur le chemin de la super-vilaine une autre personne qui surgit de son passé pourtant oublié. En somme, un déroulé hyper classique, et surtout déjà vu en long en large dans le registre des récits d'espionnage (sur les ennemis surgis du passé, sur l'assassin qui se prend d'affection pour sa cible, etc...). Un premier mauvais point.
La mini-série Roku ne tient qu'en quatre numéros, et son déroulé se laisse deviner avec une structure d'un classicisme qui ne fait hélas aucun effort pour tenter de surprendre : le premier cliffhanger est attendu. Tout ce qui en découle également, de l'arrivée d'un mystérieux adversaire (le maître des lames), à une alliance incongrue dans un climax résolu bien trop rapidement, alors que d'autres passages du récits prennent bien plus de planches que nécessaire. C'est que Bunn a envie de décomposer l'action, très présente, pour donner à Ramon Bachs de quoi s'amuser. L'artiste, qu'on avait déjà pu apprécier sur le Robin : Son of Batman de Patrick Gleason, est ici bien au dessous de ce qu'il sait faire. On se réjouit de voir l'inventivité avec laquelle il montre Roku faire usage de sa chevelure meurtrière, mais c'est à peu près tout.
C'est à dire que le dessin dans l'ensemble paraît assez moyen ; les personnages ne sont pas dessinés avec une application ou un style très remarquable, les décors sont assez vides, et malgré quelques tentatives de découpage pour diversifier la narration, les scènes d'affrontement sont assez statiques. Bachs a du mal à insuffler l'impression de mouvements, ce qui donne des personnages figés alors qu'ils sont supposément en train de se mettre des coups dans tous les sens. Pour les amateurs de violence graphique en revanche, au moins, Bunn et son artiste ne lésinent pas - et l'on se rappelle que ça reste un aspect intéressant du côté de Valiant Comics.
Le souci, c'est qu'on a déjà que l'intrigue était revue. En parallèle, bien que le scénariste s'efforce de rappeler le passé secret de Roku, il ne fait absolument rien pour en dévoiler plus sur l'héroïne du récit : on reste donc au point mort. Le tout est trop vite parcouru en ces quatre numéros, dont on se rend compte au final qu'ils n'ont servi que de prétexte pour l'introduction d'un élément. Certes intéressant pour la suite (déjà teasée en fin de volume) ; mais à l'instar de La Reine Oubliée, n'y avait-il pas un minimum d'efforts supplémentaires à faire dans la mini-série, même si l'enjeu n'était que d'amener un pion en plus dans l'univers Valiant ? Le constat est d'autant plus frustrant que l'on sait Bunn capable de mieux chez cet éditeur. Les quelques bonus, toujours fournis et agréables dans les éditions de Bliss, ne parviennent pas à adoucir cet amer constat.
Le Valiant actuel continue de souffler le chaud et le froid en ce moment, entre franches petites réussites (Punk Mambo) et titres vraiment moyens (La Reine Oubliée, Bloodshot), et Roku se range hélas dans la seconde catégorie. Les fans d'action et de l'univers Ninjak pourront peut-être y trouver leur compte, mais on s'attendait à quelque chose d'un peu plus ambitieux, tant sur le plan scénaristique qu'artistique, d'autant plus que l'on sait l'équipe créative capable de mieux. Un titre dispensable, alors qu'on attend avec beaucoup plus d'entrain, dans un autre registre, Fallen World, l'année prochaine.