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Blood Hunt, Red Band et Amazing Spider-Man : retrouvailles avec Pepe Larraz en interview !

Blood Hunt, Red Band et Amazing Spider-Man : retrouvailles avec Pepe Larraz en interview !

InterviewPanini

Grand dessinateur parmi les stars du Marvel actuel, le bon Pepe Larraz nous faisait une nouvelle fois l'honneur de sa présence en France en début d'année, invité par Panini Comics à la dernière édition du Festival International de la Bande Dessinée (FIBD) d'Angoulême. Le dessinateur a enchaîné les grands projets pour la Maison des Idées, et nous avions pu il n'y a pas si longtemps l'interroger sur son travail sur les X-Men de Jonathan Hickman ainsi que Big Game de Mark Millar.

À nouvelle venue, nouvelle interview, et nous avons repris nos micros pour aller discuter des projets les plus récents, à date, de Pepe Larraz. On est donc revenus sur le travail effectué sur Blood Hunt, le dernier crossover qu'il a illustré, ainsi que sur son arrivée sur Amazing Spider-Man, dont le relaunch est désormais imminent dans les comicshops. Une discussion que vous pouvez également savourer à l'audio au format podcast sur First Print si vous êtes anglophone. Ne manquez pas de partager l'interview, quel que soit le format, pour soutenir notre travail !  

 

 
AK : C'est un plaisir de vous retrouver Pepe. Comment allez vous ?

PL : Merci de me recevoir. Je passe un très bon moment à Angoulême, j'aime beaucoup cette ville, et bien sûr, j'adore ce festival.
 
AK : La dernière fois que l'on s'était parlés, vous veniez de faire Big Game et Blood Hunt (chez Marvel), qui n'avaient pas encore été publié en France. Comment avez vous géré l'alternance entre Marvel et ce projet en compagnie de Mark Millar ?

PL : En fait, Big Game était le premier projet sur lequel j'ai travaillé en dehors de chez Marvel. Et actuellement, ça reste le seul. C'était agréable. Mark Millar m'avait contacté pour la première fois en 2018... juste une semaine après la signature de mon contrat d'exclusivité chez Marvel (rires). Il m'avait proposé de faire un truc ensemble, et je lui avais répondu "tu me dis ça une semaine trop tard !" C'est quelqu'un de très gentil, alors il a bien voulu m'attendre. Périodiquement, il était revenu vers moi pour me demander, "où tu en es en ce moment ?", "est-ce que ton contrat a évolué ?" Et je pense vous en avoir parlé la dernière fois : à cette époque, on attendait la naissance de notre fille. Je voulais donc travailler sur un projet qui me laisserait davantage de temps libre. C'est comme ça qu'on a commencé à développer Big Game, un titre avec des délais un peu plus tranquilles que la cadence mensuelle de chez Marvel.
 
Et Marvel a été très sympa avec mois sur le sujet, ils m'ont laissé prendre une pause d'un an pour aller dessiner Big Game. Je pouvais prendre environ huit semaines pour chacun des numéros, ce qui m'a permis d'être davantage présent à la maison pendant la première année de ma fille. Et lorsque ce chantier là s'est achevé, je suis revenu chez Marvel pour reprendre les choses là où je les avais laissées. Ils m'ont tout de suite proposé de travail sur un événement, Blood Hunt. Moi, je leur avais demandé une mini-série, un truc dans ce genre là, et on s'est mis d'accord là-dessus. J'étais avec Jed MacKay, un scénariste fantastique. Subitement, je suis passé d'un poste où je devais dessiner l'intégralité des personnages du Millarworld... à un titre qui exigeait que je dessine l'intégralité des personnages de Marvel (rires). Comme un gros crossover estival. Je m'étais dit "ok, je vais dessiner encore tout un tas de gens alors !"
 

 
AK : Est-ce un challenge pour vous de devoir dessiner autant de personnages, de devoir peupler chaque case à ce point là ? Surtout pour ce projet qui comprend de nombreuses scènes de foule.

PL : Oui. Quand on travaille sur un titre comme ça, avec autant de personnages, il est important de développer certaines compétences. C'est quelque chose que j'ai dû apprendre à maîtriser très tôt dans ma carrière, parce que j'ai eu plusieurs événements à gérer d'emblée. Dès 2018, je crois, avec Avengers : No Surrender, idem avec Extermination. Et puis House of X. C'est venu très rapidement. Et c'est vrai qu'il faut appréhender ces techniques pour pouvoir composer une case avec autant de personnages : il faut que tout le monde "fasse" quelque chose à l'image, savoir comment mettre en avant le héros qui est le plus important dans le plan, savoir comment représenter les personnages à l'arrière plan, orienter l'attention vers cet arrière-plan au moment utile, etc etc. C'est des trucs qu'on apprend à développer.
 
Mais ce qui est intéressant, à chaque projet, c'est qu'il faut trouver la tonalité précise de chaque histoire. Avec Blood Hunt, on voulait se diriger vers l'horreur, l'épouvante, ce genre de choses. Et je pense que c'est vraiment difficile d'instiller l'idée de la peur dans un comics de super-héros. Parce que la peur vient de ce que vous ne pouvez pas voir, quand vous n'êtes pas tout à fait sûr de votre environnement immédiat, vous voyez. Alors j'ai décidé de représenter tous les vampires comme des silhouettes... comme des apparitions plus vaporeuses, dans les ombres, avec des yeux qui brillent. Compte tenu des délais, aussi. Il fallait que dessine beaucoup de personnages, dans des scènes avec des centaines, des milliers de vampires (qui se comportent plus comme des zombies d'ailleurs). Mais dans le même temps, je ne voulais pas non plus donner aux gens un aperçu frontal, en pleine lumière, des vampires. Comme s'ils étaient indiscernables. Dans l'idée d'installer un sentiment de malaise, parce qu'on ne sait pas vraiment quelle forme ils ont. C'est ça qui a guidé mon choix. 
 
Et ça m'a aidé à trouver le ton de l'album : plus d'ombres, plus de noirceur. Marte Gracia a produit un superbe travail sur les couleurs, il a très bien compris cette sensibilité en cherchant à augmenter l'effet avec le choix de ses palettes. C'est l'un de nos projets les plus sombres, je pense, pour le moment.
 
AK : Et le plus sanglant.

PL : Il est sanglant oui.
 
AK : Big Game était déjà assez violent ceci dit.

PL : Je pense que Big Game était même plus explicite par moments. Pas tout le temps, mais certaines des scènes de projet sont parmi les plus graphiques et les plus explicites de ma carrière (rires). Je me souviens d'une scène en particulier, où je voulais que les gens tournent la page, et réagissent en se disant "QUOI ?". C'était ce que je recherchais. Mais avec Blood Hunt, on avait aussi cette consigne du Red Band - je ne sais pas si vous avez prévu d'en parler ?
 
AK : On va en parler oui.

PL : D'accord. Mais donc, avec le Red Band, on avait envie de "monter le volume" sur ce genre de choses, sur les effets de gore...
 
OC : La violence explicite.

PL : Avec le degré de violence explicite que l'on s'autorisait à montrer, oui. Les gens ont cru qu'on avait commencé par la version "pour adultes" avant de dessiner la version "grand public", mais en fait, c'était l'inverse. On a commencé par produire les planches de l'édition standard. Et ensuite, on s'est penchés dessus et on a regardé quelles scènes on avait envie d'ajouter des choses. Comme pour raconter l'histoire d'une façon différente. Je me souviens de ce rendez-vous, ils nous avaient dit "il faudrait faire ceci et cela et cela et ceci... il faut que ce soit Red Band". Mais ils m'ont laissé une vraie liberté quand même. Grosso modo, la consigne c'était : "il faut que ce soit Red Band mais tu peux faire ce que tu veux !" (rires)
 

 
OC : C'est Marvel qui vous a commandé deux versions de l'histoire ?

PL : Oui.
 
OC : Ok.

PL : Et c'était l'une des choses qui m'a le plus excité sur ce projet, cette donnée là. Le fait d'avoir deux versions, et l'une des deux qui ne serait disponible que dans les comic shops... je pense que c'est une très bonne idée pour ramener les gens vers les boutiques. Et arrivé à un certain moment, c'était même plutôt stimulant d'être libre de mes mouvements pour ces scènes en particulier. Puisque je pouvais faire ce que je voulais. A tel point que sur un des numéros, j'avais dessiné une double page pleine centrée sur un seul personnage. J'avais décidé d'insérer cet élément pour raconter l'histoire de ce personnage (vous savez, le vilain...). Et même si techniquement Jed MacKay a rajouté les dialogues sur ces deux pages, le script était de moi ! (rires) J'avais lu ses notes sur le background de ce personnage, et j'ai imaginé une composition et des scènes... mais techniquement, tout ça n'était pas dans le scénario original. C'était juste moi, mes débuts en tant que scénariste (rires)
 
AK : C'est déjà un bon début !

PL : Haha.
 
OC : C'est quelque chose qui vous intéresserait à l'avenir ? De retravailler sur un projet situé entre l'horreur et le super-héros ? Ou peut-être simplement dans l'horreur en général.

PL : Je pense que c'est intéressant de... d'essayer de nouvelles choses. Les super-héros, c'est un genre formidable en tant que tel. Mais je pense qu'on devrait commencer à parler d'autres choses. Les problématiques des justiciers, le monde qui se retrouve en danger, blablabla. A mon avis, ces comics devraient pouvoir parler d'autres choses. Tenter de nouveaux genres, de nouvelles esthétiques... et c'est une bonne chose pour moi en tant qu'artiste, parce que ça me permet de m'essayer à d'autres genres, à d'autres univers, de développer de nouvelles ressources. Tous les projets sur lesquels j'ai travaillé m'ont poussé à tenter de nouvelles choses. Sur House of X, j'ai dû créer toute l'architecture de Krakoa, ce qui m'a amené à me renseigner sur le sujet, à comprendre l'architecture contemporaine. J'ai pu bâtir quelque chose à partir de ça. 
 
Avec X of Swords, c'était autre chose : de grandes armées, un esprit médiéval, beaucoup beaucoup de matière. A ce moment là, il a fallu que j'apprenne comment donner l'impression que ce qui se passait dans les pages était énorme, avec une grosse densité... sans forcément avoir besoin de tout dessiner, en réalité. Parce que, vous voyez, j'ai beaucoup utilisé la fumée, par exemple, les éléments à l'arrière-plan... Et donc vous avez l'impression qu'il se passe beaucoup de choses, sauf que tout ça n'est pas dans le cases. Ce sont des choses qu'il a fallu que je développe pour convier cette imagerie de grande armée. Pour Big Game, c'était encore différent, parce que j'ai surtout dû apprendre à dessiner des personnages qui n'avaient eu droit qu'à une seule version, pour la plupart d'entre eux. Et une seule version... souvent dessinée par les meilleurs artistes de l'industrie. (rires) Par exemple : vous devez dessiner les héros de The Magic Order. "Est-ce que j'ai des références sur lesquelles me baser ?", "Mais oui, bien sûr, tiens : Coipel, Immonen, Gigi Cavenago et Dike Ruan." Oooh, ok. Merci. Aucune pression. (rires)
 
C'était pareil pour les Chrononauts, il a fallu passer derrière Murphy. L'objectif c'était de reprendre les dessins de ces gars. Or, ce sont des gars que j'admire énormément, je me suis beaucoup inspiré d'eux. Et il fallait que je rende ma version, et que ma version soit du même niveau que les leurs. Alors j'étais comme ça (ndlr : Pepe Larraz pousse un soupir, pour indiquer la difficulté de l'exercice). Pour Blood Hunt, c'était surtout ce truc de l'épouvante. Et d'explorer les limites de l'exercice. Parce que ce n'est pas seulement une question de sang et d'organes. Je voulais exprimer leurs sentiments surtout, les ténèbres, la lente transformation de Blade à travers tout l'album. C'est là-dessus que je me suis concentré.
 
OC : On peut aussi penser à la scène où Miles Morales se transforme, qui évoque une esthétique d'horreur "classique" du monstre.

PL : Oui ! On avait aussi ça. Et puis à un moment, on a fini par se cogner aux limites de ce qu'il est possible de faire chez Marvel. Au départ, ils nous avaient dit "amusez vous, pas besoin de vous mettre des limites, on ne veut pas de limites !". Et alors, quand j'ai commencé à leur proposer des idées, ils m'ont répondu "... bon, tu sais quoi, en fait si, on veut des limites." (rires) 
 

 
AK : C'est étrange, parce que l'idée du label Red Band repose justement sur cette idée de proposer un comics sans contrainte, capable d'aller à fond sur le gore et l'horreur. Et puis, Marvel a un historique avec les comics pour adultes, comme à l'époque des titres MAX. Même si on comprend l'intérêt de réserver des exclusivités aux comic shops, on peut se dire qu'ils auraient pu simplement... s'arrêter à la version plus violente ? Et appliquer la classification "M for Mature".

PL : Je dirais que... Selon moi, l'idéal aurait été de faire ça : proposer deux fins différentes pour la version standard et pour la version adulte. Ca aurait été génial.
 
AK : C'est un peu le cas pour le premier numéro. La façon dont l'un des personnages se fait tuer est très différente en fonction des versions.

PL : C'était l'idée : donner l'impression que c'était différent. Avec la façon dont c'était raconté, la tonalité... mais au global, les éléments de scénario sont les mêmes. Je préfère ce qu'on a fait avec la version Red Band pour être honnête, parce qu'elle est plus complexe. Elle comprend davantage d'informations, on a pu travailler avec plus de pages... et je pense qu'elle reste plus spectaculaire. Mais dans le même temps, je comprends que ce n'est pas du goût tout le monde. Avec Blade, j'avais suggéré cette idée : au moment où il est entouré par son armée d'adorateurs, ces vampires qui l'entourent et qui le vénèrent comme un dieu, je voulais qu'il les nourrisse avec des cadavres de bébés. 
 
AK & OC : (rires)
 
PL : Et Marvel nous a dit...
 
OC : "Ne tue pas ce bébé."

PL : Il nous a dit "non, on ne peut pas aller aussi loin." Je lui ai répondu que c'était ça, l'horreur. Qu'il fallait que les gens détournent le regard, qu'on provoque ce genre de malaise pour que ça fonctionne. Et il m'a dit "oui, d'accord, mais c'est un comics Marvel". Donc oui, les limites existent.
 
Mais c'était agréable, parce qu'on a pu avoir plusieurs conversations intéressantes sur ce qui constitue l'épouvante, justement. Et ce n'est pas seulement une question de sang. Le sentiment que ça provoque repose surtout sur notre capacité à supporter certaines images. C'est dans cette direction là que je voulais aller... et c'est là que Marvel nous a dit "le sang, c'est déjà très bien." (rires)
 
OC : Vous avez utilisé le mot "spectaculaire", alors, il va bien falloir qu'on parle de Spider-Man. Lors de notre dernière rencontre, vous nous aviez dit qu'après votre travail sur les X-Men, vous vous étiez senti davantage en confiance pour refuser ou réclamer certains projets... dans le cas présent, compte tenu de l'importance de la série Amazing Spider-Man chez Marvel, qu'est-ce qui s'est passé ? Vous l'avez réclamée, on vous l'a proposée ?

PL : C'est moi qui l'ai demandée, en fait. Je voulais Spider-Man. Je me souviens avoir posé la question à San Diego il y a deux ans, lors d'une rencontre avec Rickey Purdin (ndlr : directeur de relation avec les talents chez Marvel). Je lui ai signalé mes intentions, Rickey a pris des notes, m'a dit qu'il allait revenir vers moi. Mais lorsque je suis revenu de Big Game, ils avaient déjà décidé de me placer sur l'événement Blood Hunt. C'était un échange : "fais ça pour nous, et ensuite on verra." Il a fallu attendre un an, finalement. Mais heureusement, ça s'est bien arrangé au niveau du scénariste. C'était le choix parfait. Moi, au départ, je voulais travailler sur Spider-Man... parce que c'est Spider-Man. En tant qu'artiste, on veut avoir cette médaille à accrocher dans son parcours. Je suis resté chez Marvel pendant quinze ans, et j'attendais ce moment.
 
Et alors, ils m'ont dit que le scénariste serait Joe Kelly et j'étais enchanté ! J'aime beaucoup la façon dont il écrit. Je suis un bon ami de Ken Niimura, avec qui il avait travaillé sur I Kill Giants et Immortal Sergeant, et il me l'avait présenté à Madrid lorsque l'un et l'autre s'étaient rendus sur place pour présenter leurs projets. On s'était présentés l'un à l'autre lors d'un petit panel auquel je participais. Je l'ai rencontré, et j'ai tout de suite compris que c'était quelqu'un de formidable. Le fait que mon ami, Ken, avait déjà travaillé avec lui... sur des comics que j'ai lu, que j'aime beaucoup... j'ai tout de suite su qu'on devait faire quelque chose ensemble. Et en plus, j'avais aussi découvert ses vieux comics Deadpool, je trouve qu'il comprend parfaitement Spider-Man aussi... Il a une façon d'écrire les séries régulières qui fonctionne vraiment. Il trouve toujours une façon de canaliser les problèmes de ses personnages d'une façon qui parle à tout le monde. Vous lisez l'histoire, et ça résonne avec ce que vous vivez au quotidien.
 
Son approche du personnage se concentre surtout sur les problèmes de Peter Parker, et pas tellement sur ceux de Spider-Man. Le super-héros sauve la ville, bien sûr... on va installer ce genre d'éléments. Mais l'important, c'est surtout la vie de Peter. Et ses problèmes. La façon dont Joe écrit cette partie, la voix qu'il lui insuffle, c'est génial. A la fois drôle, et surtout très authentique. 
 

 
OC : Est-ce que vous avez prévu d'adapter votre style au personnage ? Quand on pense à Mark Bagley ou Humberto Ramos, on remarque souvent que Spider-Man fonctionne bien dans les déformations, l'aspect acrobatique du trait... alors qu'on vous connaît plutôt pour des structures plus "réalistes".

PL : Mon dessin a déjà changé, en fait. Lorsque je travaillais sur le dernier numéro de Blood Hunt, j'avais tenté de produire quelque chose qui me trottait dans la tête depuis un bon moment, en ne repassant pas un coup d'encre sur les dessins au crayon, mais en leur passant seulement un coup de propre. On peut voir ça dans plusieurs des pages de Blood Hunt, dans le dernier numéro... enfin, peut-être que ça ne se remarque pas, mais grosso modo, certains passages sont uniquement dessinés au crayon. Et c'était la première fois que je tentais de faire ça, de produire un crayonné qui ressemble à un dessin encré, au propre. Comme pour adopter une technique plus proche de la peinture.
 
Mais ensuite, quand je me suis mis à dessiner mes premiers numéros de Spider-Man, j'ai tout de suite réalisé que ça ne marchait pas. Qu'il fallait plutôt que j'opte pour une approche plus "cartoon", plus légère... on ne peut pas s'arrêter à quelque chose de trop sérieux avec ce personnage. Il faut pouvoir aller dans les deux sens. Si on veut du dramatique, il faut pouvoir aller dans le dramatique, en rajoutant des ombrages, des effets d'ambiance... mais il faut aussi être capable de bifurquer vers des tonalités plus légères, plus relâchées. C'est pour ça que je suis revenu vers un encrage plus traditionnel. Enfin, pas forcément "traditionnel" puisque je travaille en numérique, mais vous comprenez l'idée : d'abord le crayon, puis la plume, etc. Parce que de mon point de vue, la ligne doit rester plus... comment dire... plus douce ? En comparaison, cette idée de peinture numérique fait plus réaliste, plus rude. Donc j'aurais tendance à dire que je développe effectivement quelque chose de plus proche du cartoon sur ce projet. Et j'espère que les gens pourront s'en rendre compte eux aussi.
 
OC : Vous avez échangé avec John Romita Jr. pour développer la série ?

PL : Mmmmh oui.
 
OC : Qui est présent sur le FIBD lui-aussi d'ailleurs.

PL : Oui. Nous avons déjeuné ensemble aujourd'hui pour en discuter justement. C'est vraiment quelqu'un de super cool avec qui échanger, ce gars. A chaque fois que vous avez une conversation avec lui, vous apprenez quelque chose de nouveau. C'est quelqu'un de très sage. Et dans le même temps, il a travaillé avec tout le monde ! Donc il connaît son métier des pieds à la tête. Ce qui m'inspire chez lui, c'est que même s'il a passé littéralement toute sa vie à dessiner des comics... il a toujours travaillé avec la même passion. La même passion qu'à ses débuts. Quand on le rencontre, au départ, c'est ça qui surprend : on s'attendrait à ce quelqu'un qui a fait le même métier pendant aussi longtemps aurait fini par perdre la flamme. Il n'est pas désenchanté, blasé... il adore encore son métier. Hier, on parlait du nombre d'heures de travail qu'il passait quotidiennement devant la table à dessin, pour ce qu'il produit encore aujourd'hui. J'étais soufflé : il aime vraiment dessiner, il n'aurait vraiment rien pu faire d'autre. Donc c'est assez formidable de marcher dans ses traces.
 

 
AK : Mais comment est-ce que ça fonctionne concrètement ? Vous dessinez séparément, vous préparez le projet ensemble, comment se répartit la charge de travail ?

PL : Alors, le problème, c'est que je n'ai pas forcément envie de révéler trop de choses avant que Marvel ne communique là-dessus. Parce que... bon, vous me connaissez, moi j'aime bien parler. (rires) J'aime trop parler. Donc je n'ai pas envie de gâcher certaines choses qui n'ont pas encore révélées, je pense que ce serait une erreur de ma part. Ils ont probablement prévu de garder certaines informations pour une annonce spécifique. Ce que je peux vous dire, c'est que nous seront tous les deux aux dessins de la série... et que le script va s'adapter à l'idée d'avoir deux artistes en poste. C'est tout ce que je peux vous dire pour le moment.
 
OC : Vous pensez rester longtemps sur cette série ?

PL : Je vais rester dessus oui.
 
OC : Mais pour combien de temps, un an, deux ans, est-ce que vous pensez vous installer sur le personnage sur le long terme ?

PL : On a déjà plusieurs arcs scénaristiques de prévus. Ce weekend, nous avons aussi prévu de nous téléphoner avec Joe pour discuter de ce que l'on fera ensuite... Mais oui, j'espère être là sur le long terme effectivement.
 
AK : Comme Corentin l'a suggéré, Spider-Man est un titre important chez Marvel. Et c'est aussi une série qui attire souvent les commentaires et les critiques des fans. Est-ce que vous n'avez pas peur d'être pris pour cible par les détracteurs ?

PL : C'est déjà le cas ! (rires) Non, ce n'est pas vrai. Mais oui, je vois bien que certaines conversations sont déjà en train d'avoir lieu. Et je découvre petit à petit que le fandom de Spider-Man est plutôt exigeant... et parfois, pas forcément très content des directions qu'a pu prendre la série par le passé. Je pense que ça reste une minorité, mais qui s'exprime très fort sur les réseaux sociaux.
 
OC : Les dernières années ont été difficiles sur ce projet. On a senti que certains scénaristes ont été pressés par la cadence de production imposé à la série, ce qui n'a pas forcément aidé sur certains volumes.

PL : Je ne sais pas. C'est le dilemme classique : est-ce que l'on doit donner aux fans ce qu'ils veulent, ou bien, est-ce qu'on doit donner au personnage ce dont il a besoin ? Ou plutôt, est-ce que vous allez dans la direction que vous estimez utile pour le personnage ? Si vous en arrivez à travailler sur Spider-Man, c'est parce qu'on vous a fait confiance, parce que vous avez fait vos preuves. Nous, notre objectif n'est pas simplement de brosser les fans dans le sens du poil. L'idée serait plutôt de pousser le personnage vers l'avant. Et pas dans le sens "loin de cette idée, plutôt vers cette idée", mais plutôt dans l'optique de créer un point de rencontre avec les problèmes des gens en général, de tester le personnage face à de nouvelles situations. Si on ne fait pas ça, alors dans ce cas on se retrouve en face d'un super-héros qui se coince dans un cycle de répétition éternel. Moi, heureusement, ce n'est pas un problème qui me concerne - parce que je ne suis pas scénariste (rires). Mais c'est une équation compliquée à résoudre.
 
Mettons plutôt que je suis content de ne pas être cette position où je dois avoir à me soucier de cette problématique. Je suis heureux de travailler avec Joe et je pense que la direction qu'il emprunte pour cette série est la bonne. J'aime vraiment la façon dont il écrit le personnage, la façon dont il présente les problèmes pour rendre tout ça très universel... c'est très intéressant.
 
AK : Très bien. Nous avons hâte de découvrir ça d'ici les prochains mois, et je pense que l'on reparlera de Spider-Man pour notre prochaine rencontre.

PL : Ah, oui ! Avec plaisir !
 
AK : Merci beaucoup de nous avoir accordé cette entrevue Pepe.

PL : Merci les gars !
Corentin
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